Page:Tharaud - Dingley.djvu/12

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souvenir d’une autre existence, les aventures de gens ayant appartenu à des civilisations disparues. Et c’était le jeu même de son esprit qu’il avait représenté dans La plus belle histoire du monde, où l’on voit un commis du Strand reconstituer, avec l’exactitude de quelqu’un qui l’aurait soufferte, la vie d’un rameur grec, enchaîné au banc d’une galère phénicienne mille ans avant le Christ.

Son œuvre eut le succès des choses mystérieusement attendues. Dingley connut la gloire à l’âge où la force de l’homme est encore intacte pour l’aimer. Sa photographie s’étalait partout, dans les revues, les journaux, les magazines, aux boutiques des libraires du Nouveau et de l’Ancien Monde. Sur les navires qui le promenaient à travers les Sept Océans, dans les palace-hôtels qui étaient sa maison du berger, on se montrait du doigt, comme un des seigneurs de la race, ce petit homme aux traits anguleux et secs, la moustache raide en herse sur la bouche, les yeux gris embusqués derrière les vitres de ses lunettes d’acier.