Page:Tharaud - Dingley.djvu/115

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idée qu’il avait cessé de s’appartenir à jamais, qu’il était l’affranchi d’un homme, — cela pour avoir passé une nuit dans cette ruine, en ce lieu perdu, prisonnier de paysans endormis, dont il n’avait pas même aperçu les visages. Il avait horreur de la pitié, et il sentait que ce garçon avait eu pitié de lui. En même temps, sa vanité était secrètement humiliée que l’on parût attacher si peu de prix à sa capture. Y avait-il pourtant un homme de guerre qui pesât de son poids dans les destins de l’Empire ? Seulement, il ne s’avouait pas que la certitude qu’il avait de partir au petit jour, permettait seule ces considérations inopportunes sur son honneur.

Il finit cependant par s’assoupir ; et à mesure qu’il s’enfonçait plus avant dans le sommeil, il devint le jouet d’un souvenir fantasque. Loin du Veld, il errait dans une campagne d’Irlande, au fond du Connemara sauvage. La colline et les arbres qui dressaient sur le ciel gris leurs branches noires, avaient fondu dans l’éloignement, dans le