Page:Tharaud - Dingley.djvu/176

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d’y abandonner aussi, avec la tombe de son fils, son plus beau secret : le bonheur.


Ils demeurèrent une semaine à Capetown, en attendant le départ du bateau. À Mount Nelson Hotel, l’Auberge des Cœurs Silencieux, Dingley rencontra la fiancée du lieutenant O’Reilly. Elle n’avait d’autre beauté que ces yeux violets d’Irlande où luttent l’esprit et le rêve, et son teint éclatant, fleur d’un climat pluvieux. Si pourtant, une autre beauté… Un soir, au milieu du dîner, on lui remit un télégramme. O’Reilly venait d’être tué dans les environs de Boshof. Elle pâlit, mais ne quitta pas la table. Les jours suivants, on la revit toujours exacte aux repas, et personne dans son attitude ne put soupçonner son chagrin.

Une résolution si fière excita chez le romancier un de ces enivrements spirituels qui ont toujours été pour lui la première joie de la vie. On ne trouvait qu’en Angleterre cette forme de courage. Là-bas, les femmes étaient pour l’homme de bons, de vigoureux