Page:Tharaud - Dingley.djvu/18

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de l’angoisse, si morne avec son fronton grec dépaysé dans le brouillard. Et chaque jour, après la poussée furieuse qui suivait l’apparition des listes, il voyait s’avancer vers le tableau une petite vieille coiffée d’un chapeau de paille bleue, de la forme dite « cabriolet ». Ses bras et ses mains s’enroulaient dans un pan du châle verdâtre qui enveloppait ses épaules et descendait en pointe sur son dos ; ses bottines claquées laissaient voir ses chevilles ; des mèches de cheveux décolorés retombaient sur son col, dont l’immaculée blancheur donnait à Dingley l’impression qu’elle ne portait sur son corps rien de propre que sa chemise.

Elle ne savait pas lire, et chaque fois elle demandait à quelque inconnu de lui dire s’il n’y avait pas sur le tableau « le nom de James Crook. Crook, n’est-ce pas ?… » Bien souvent l’illustre écrivain regarda la liste pour elle, et même il prévenait son désir. « Crook, n’est-ce pas ? Crook James ? Non, il n’est pas marqué ! » Elle le remerciait du regard. Ses grosses lèvres qui ne cessaient