Page:Tharaud - Dingley.djvu/183

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Un trésor était en moi, je le croyais inépuisable. Et aujourd’hui il me semble que je n’ai plus un penny en poche.

— C’est cela, c’est cela, reprit vivement Rhodes. Chaque homme possède dans son sac une réserve de bonheur. Moi, j’ai vidé la mienne.

Dans la fièvre du départ, les passagers s’arrêtaient pour jeter un regard sur ces vigoureux champions de leur race, les deux puissances d’esprit et d’argent les plus considérables de l’Empire. Auprès de Rhodes, gras et vulgaire dans son complet à carreaux, lourd commis voyageur aux joues tombantes, à la bouche triste, tordue en arc de cercle sous des moustaches coupées au ciseau, Dingley éprouvait une impression qu’il n’avait connue devant personne : il se sentait un petit garçon ! Ce gros homme, aux yeux bleus, lui paraissait un de ces êtres marqués par la Providence pour être l’instrument de ses desseins. Il lui permettait d’accorder deux pensées contradictoires qui luttaient dans son esprit avec une force égale. D’une