Page:Tharaud - Dingley.djvu/189

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


des poteaux de télégraphe sous le passage du vent. Il leur soufflerait l’orgueil d’être les derniers nés de l’univers, de vivre la minute vierge qui n’a encore été vécue par personne. Lui-même, à la proue de ce navire, il s’apparaissait, ce soir, comme un guetteur à la pointe du Temps. Il n’aurait pu dire, à cette heure, ce dont il se réjouissait davantage, de la force de sa patrie ou de son propre pouvoir. Et quand, à quelques jours de là, il aperçut dans un matin doré les falaises de la Grande-Bretagne ; qu’il sentit sous ses pieds le sol de l’Ile Maîtresse ; que le train l’emporta dans une campagne verte, grasse et mouillée, où d’anciennes demeures de pierre et de briques gardent, au milieu d’arbres centenaires, les reliques d’un passé fastueux, et où paissent des vaches ; qu’il distingua dans le ciel nocturne le rayonnement de Londres ; que, dans le fracas du fer et de l’acier, il vit au-dessous de lui la plaine des maisons basses, d’où émergent de hauts immeubles pareils à des forteresses et à des tours, et les rues au fond desquelles