Page:Tharaud - Dingley.djvu/201

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insensibles à la violence du vent et des lames, continuent leur course dans la tempête, ils n’en sont pas moins ébranlés jusqu’à leur dernier boulon. Lassitude, vieillesse, ennui ? les imaginations heureuses, oiseaux capricieux qu’il apprivoisait jadis, n’étaient plus aujourd’hui dociles à l’appel de son désir. Il avait trop espéré des jeux du soleil et des brumes, et du rêve solitaire parmi ces foules qui vont du même train pressé à des gains médiocres ou fabuleux, et dont parfois un de ses contes avait suspendu la course. Comme il comprit alors le désespoir de ce peintre, ami de sa jeunesse, le jour où il avait senti qu’il devenait aveugle, que le monde étincelant s’enténébrait pour lui ! Il craignit d’être devenu irrémédiablement vieux, d’avoir épuisé la provision de rêves que la nature dispense à chaque artiste. Il se sentait pareil à un mystique qui ne voit plus son Dieu, et l’univers, pour lui, sembla décoloré. Mais ceux qui n’ont jamais tenté, pour la joie d’un lecteur inconnu — suprême folie ! — de mettre du noir sur du blanc,