Page:Tharaud - Dingley.djvu/206

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bottes, et sur ses épaules ce manteau de roulier dans lequel il l’avait regardé si longuement dormir. Aussitôt le jeune homme, tel qu’il l’avait aperçu une nuit à la lumière d’une lanterne, dans la ferme dynamitée, et qui avait été son maître, se substitua dans son esprit à ce fantôme tremblant. Plus rapides que les images qui passaient sur le verre de la lanterne, d’autres images, d’autres souvenirs se pressaient dans sa mémoire, l’emportaient à mille lieues de cette salle enfiévrée. Durant quelques minutes, il vécut si intensément sur le Veld étoilé qu’il fut ébloui par l’éclat du rideau où tout s’était soudainement effacé, comme un homme qui se réveille en sursaut et voit dans sa lucarne la lune pleine.

De nouveau la toile s’était repeuplée. Un endroit vague, hérissé d’une végétation pareille aux salicornes des dunes ; au loin, des kopjes et des montagnes rasées en forme de table, comme il en avait vu si souvent ; au premier plan, du Toit et un Boer inconnu adossés à un remblai de terre, devant un piquet de soldats.