Page:Tharaud - Dingley.djvu/213

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vacarme des vociférations et des trompettes. Hommes et femmes se bousculaient, s’embrassaient, se chatouillaient avec des plumes de paon, échangeaient grotesquement leurs chapeaux — toutes les classes mêlées, confondues dans la même ivresse. De vieux messieurs, graves et chauves, à la figure replète et rose, des bill-brokers, des merchant-princes, se livraient sur le macadam à des bourrées jingoës, en agitant au-dessus de leurs têtes, coiffée de huit reflets impeccables, de petits Union-Jack. Juchés sur le toit des cabs, des hommes en habit, des femmes décolletées et bras nus, glissaient au-dessus de la foule et de la forêt des drapeaux. Sous l’œil des policemen ahuris, les bourgeoises des quartiers de l’Ouest et les filles de l’East-End improvisaient des gigues d’une patriotique indécence. Tout ce qui couve d’inavouable, d’ardeur furibonde sous la retenue anglaise, se donnait libre carrière. Une kermesse inouïe, un carnaval napolitain envahissait jusqu’aux églises, où l’on fêtait le Dieu des Armées avec un fétichisme barbare.