Page:Tharaud - Dingley.djvu/61

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de ces transports était en rade. Dingley le visita.

C’était un affreux sabot, où trois cents hommes auraient été mal à l’aise. Quinze cents Tommies s’y entassaient, moins semblables à des conquérants qu’à ces moutons de la Plata qu’on embarque à Buenos-Aires. Il s’exhalait de ce bateau une senteur insupportable de graisse rance, de saumure, et surtout de sueur humaine, car entre tous les animaux, l’homme parqué comme un bétail a la plus répugnante odeur. Dingley parcourut tous les cercles de cet enfer en voyage, depuis le pont jusqu’au fond de la cale, où les litières des chevaux et des mulets n’étaient séparées que par une barrière de bois des paillasses où couchaient les hommes. Et à mesure qu’il s’enfonçait dans les profondeurs du navire, grandissait en lui la tristesse que tous ces soldats anglais fussent aussi avachis que n’importe quelle foule humaine si inconfortablement traitée. Une de ses fiertés patriotiques, c’était de penser qu’entre toutes les armées, seule l’anglaise formait