Page:Tharaud - Dingley.djvu/62

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


une réunion d’hommes libres et propres. Il croyait ses compatriotes d’un acier mieux trempé que les autres peuples du monde. Or il cherchait vainement sur tous ces visages fatigués une expression de hardiesse. Il n’y lisait que cette désolation nostalgique qu’ont les bêtes en cage, et qui l’émouvait toujours dans les ménageries.

Cependant le bruit de son nom s’était répandu sur le navire. Lorsqu’il quitta le bord, quelques voix entonnèrent sa poésie fameuse : Angleterre, rocher noir. Les Tommies et les Blue-Jackets, reprenaient en chœur le refrain :


Angleterre, rocher noir,
Repos des oiseaux fatigués,
Rubis dans la mer d’argent, nid inviolé
De la plus forte race d’entre les hommes…

La chanson s’abattait sur la mer comme les ailes d’un gigantesque oiseau. Elle sortait des poitrines de tous ces jeunes hommes, si pleine, si vigoureuse, qu’elle semblait l’improvisation des soldats et des marins.