Page:Thibaudet – Histoire de la littérature française.pdf/67

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c’est à cet apôtre que Paris a fait, quatre mois après la Révolution de Juillet, des’ funérailles célèbres : mais ici encore il a laissé à Courier et à Royer-Collard le soin de prononcer les paroles décisives. Sur l’oubli dont la vague a recouvert cette œuvre, demeure plus éclatante et indestructible la pointe d’Adolphe et des écrits intimes.

On ne saurait mettre au rang de Constant les trois amis quasi-genevois de Mme de Staël dont les noms, avec celui de l’Allemand Schlegel, restent inséparables de l’atmosphère et de l’action de Coppet.

Sismondi, Bonstetten
et Barante
.
C’est d’abord Sismondi, auquel on doit un rayon de bibliothèque historique probe et terne, mais surtout l’importante Littérature du Midi de l’Europe dont nous parlons ailleurs. C’est le Bernois Bonstetten, que l’attrait du salon de Coppet et le charme de la civilisation française fixèrent à Genève, où il contribua, par sa bonhomie et sa bonne humeur, à donner à la ville de Calvin ce rôle de salon de l’Europe qu’elle tint pendant la Restauration. Son livre sur l’Homme du Nord et l’Homme du Midi, est un témoin important du courant d’idées staëliennes, et son voyage archéologique du Latium a inauguré toute une littérature, d’Ampère à Boissier et à Bérard. Mais ayant commencé tard à écrire en français, sa langue est barbare et incorrecte. C’est enfin Prosper de Barante, le jeune fils de ce préfet du MontBlanc qui était chargé de la surveillance de Mme de Staël et qui, pour son honneur, se fit révoquer comme policier insuffisant. Prosper, qui devait faire dans la suite une brillante carrière d’historien pittoresque, publie en 1809, sous l’influence de Coppet, un Tableau du XVIIIe siècle, intelligent, et très intéressant surtout en ce qu’il se compare et s’oppose au Tableau de la Littérature française, pour la même époque, de Marie-Joseph Chénier, paru l’année précédente. Né en 1782 Barante représente contre Chénier la génération nouvelle, celle qui laisse tomber les idéologues, celle qui assimile exactement et normalement les valeurs nouvelles apportées par Chateaubriand et Mme de Staël. Ce benjamin (sans majuscule) de la Mère de la Doctrine, fera chez les doctrinaires une décorative et confortable fortune.