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140 LA POÉSIE DE STÉPHANE MALLARMÉ

quelque élévation défendue et de foudre 1 le conscient] manque chez nous de ce qui là-haut éclate.

« A quoi sert cela ?

v< A un jeu.

« En vue qu’une attirance supérieure comme d’un vide, nous avons droit, le tirant de nous par de l’ennui A l’égard des choses si elles s’établissaient solides et prépondérantes — éperdûment les détache jusqu’à s’en remplir et aussi les douer de resplendissement, A travers l’espace vacant, en des fêtes A volonté et solitaires * ».

Expressions même pareilles à celles de Mes bouquins refermés : le conscient manque — docte manque ; ce qui là-haut éclate — qu’un éclate de chair ; éperdû- ment les détache jusqu’à s’en remplir — je songe plus longtemps peut-être éperdûment.

On retrouvera les rapports de cet ordre d’idées avec la spéculation idéaliste. Mais il est aussi essentiel à la poésie. Si Mallarmé, dans un fanatisme de pureté, l’a poussé à une outrance absolue, sous divers visages s’en aperçoivent les formes approchées.

Le sentiment baudelairien de l’artificiel s’y relierait, dans la mesure où la poésie, sous lui, devient chose créée, transfigurée, volontaire, où il remplace la pré- sence par l’absence et peuple l’absence par l’évocation.

... Quand viendra l’hiver aux neiges monotones

Je fermerai partout portières et volets

Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais..,

...Je serai plongé dans cette volupté D’évoquer le printemps avec ma volonté, De tirer un soleil de mon cœur, et de faire De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.

Les deux derniers vers pourraient presque servir d’épigraphe A VAprès-Midi d’un Faune.

Plus profondément, on reconnaîtra là une oscillation autour de quelque centre pressenti de gravité poétique.

!• La Musique et les lettres, p. 44.