Page:Thibaudet - La Poésie de Stéphane Mallarmé.djvu/84

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CHAPITRE VIII

L’IRONIE

Si l’on croyait ce qui put, autour de Mallarmé, se former de rumeur publique, il faudrait étendre ce chapitre jusqu’à en faire tout le livre. Il passa pour un fumiste ou un mauvais plaisant, et à cette opinion il dut sourire avec gratitude, car elle émanait de personnes indulgentes et bien disposées ; les autres, les buveurs d’eau, qui admettaient la bonne foi, demandaient pour lui le cabanon. En revanche, des intransigeants exaltèrent dans Mallarmé une tension d’oracle, un sérieux introublé, un pontificat hermétique. Et ceux-ci me gâtent Mallarmé beaucoup plus que les premiers. Je ne crois pas que l’on risque de trop étendre les occasions où il faut placer, pour les saisir, le grain de sel sous ses phrases.

Mystifier incessamment signale un farceur, bien vite brûlé. Voir de la mystification partout où l’on ne comprend pas, dénote une grande pauvreté d’esprit : le libraire suisse Labitte fit à la Bibliothèque Nationale le dépôt du Vathek édité par Mallarmé en prévenant le lecteur, sur la feuille de garde, que la préface du livre était une mystification. Celui qui use en artiste de la mystification en met un peu partout, ne la concentre nulle