Page:Tinayre - Gérard et Delphine - La Porte rouge.pdf/24

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la journée qui leur était donnée, commençait à peine.

— Eh bien ? dit-elle, êtes-vous content ? Vous aviez prétendu que je ne pourrais jamais me rendre libre… Mais ce que veulent deux femmes le diable le veut. Mme Elliott a tout arrangé. L’Ogre et Truitonne sont absents, par extraordinaire…

L’ « Ogre », c’était M. de Vauvigné, et « Truitonne », Mme d’Aizy, le mari et la belle-sœur de Delphine.

— … Je suis partie de bonne heure, ce matin soi-disant pour passer la journée avec Grace. Elle m’a conduite, dans sa voiture, à la Porte Saint-Martin où le cabriolet de louage m’attendait. Et me voici. Maintenant, menez-moi vite aux Maisons russes… Que de cailloux sur cette route ! Il ne restera rien de mes souliers.

— Je voudrais vous porter dans mes bras, ma Delphine… Ce cher fardeau sur mon cœur !… Ah la joie m’étoufferait !

— Et vous me laisseriez choir.

La gaîté de Delphine, ce don d’enfance qui le faisait vivre si légèrement parmi les dangers d’une liaison encore innocente, éveillait au cœur de l’amant un écho d’inquiétude et de mélancolie.

— Qu’avez-vous donc ? Je donne le change à Truitonne et à l’Ogre. Je fais un grand voyage et je déchire mes souliers, tout cela pour M. le chevalier qui ne m’a même pas répondu, tout à l’heure, quand je lui ai demandé s’il était