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CHOSES ET GENS DE PROVINCE

— Pourquoi ?

— Pour constater… l’innocence de l’épouse… On a gardé les preuves, vous comprenez ?…

Je comprends ainsi l’air « chien battu » de la nouvelle dame… Cet époux qu’elle ne connaissait pas hier matin !… La vieille assure qu’elle en est contente, très contente… C’est donc un consentement intérieur, tacite…

L’odeur écœurante qui m’avait chassée du tekké des hurleurs, l’odeur de la foule féminine des basses classes — corps mal lavés, linge douteux — se répand dans la chambre. Sans cesse, des visiteuses arrivent, des passantes qui lèvent leurs voiles de visage, et s’asseyent en comprimant les voisines. Quelques-unes portent ou conduisent de petits enfants qui piaillent. Les musiciens reprennent leur vacarme, leur chanson à trémolos déchirants, et, dans le cercle un peu élargi, paraît la Danseuse !

La danseuse orientale, l’almée, la bayadère, la houri, la femme-volupté qui hante les rêves des collégiens et danse dans les strophes des poètes… La voici, dans sa réalité, sans prépa-