Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/119

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matinée, à la femme du docteur et pas une seule fois au danger qui les attendait.

Autrefois, quand Rostov allait à l’attaque, il avait peur, maintenant il n’éprouvait aucunement ce sentiment. Il n’avait pas peur, non parce qu’il était habitué au feu (on ne peut pas s’habituer au danger), mais parce qu’il avait appris à dompter son âme devant le danger. Il s’était habitué, en allant à l’attaque, à penser à tout, sauf à ce qui semblait être le plus essentiel : le danger imminent. En dépit de ses efforts et bien qu’il se reprochât sa poltronnerie, les premiers temps de son service il ne pouvait y atteindre, mais avec le temps, c’était venu. Maintenant il allait à côté d’Iline, entre les bouleaux, l’air calme et insouciant comme s’il allait à la promenade ; de temps en temps il effeuillait les branches qui se trouvaient à portée de sa main, parfois touchait de la jambe le flanc du cheval, parfois, sans se tourner, jetait sa pipe éteinte au hussard qui le suivait afin qu’il la lui bourrât. Il avait peine en regardant le visage d’Iline qui causait beaucoup et était très inquiet. Il connaissait par expérience cet état d’inquiétude, de l’attente et de la peur de la mort, dans lequel se trouvait Iline, et il savait que rien, sauf le temps, n’y pouvait remédier.

Dès que le soleil se montrait sur le ciel pur, à travers les nuages, le vent se calmait comme s’il n’osait troubler le beau matin d’été après l’orage. Des