Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/120

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


gouttes tombaient encore mais déjà verticalement, et tout devenait calme. Le soleil s’éleva tout à fait au-dessus de l’horizon et disparut derrière un nuage étroit et long ; quelques minutes après, en déchirant ses bords, il se montra encore plus clair à l’extrémité supérieure du nuage. Tout devenait clair et brillant, et avec cette clarté, comme pour la saluer, des coups de canon éclatèrent.

Rostov n’eut pas le temps de réfléchir et d’évaluer la distance de ces coups que l’aide de camp du comte Osterman Tolstoï arrivait de Vitebsk au galop, avec l’ordre d’aller au trot par la route.

L’escadron dépassa l’infanterie et la batterie qui, elle aussi, en se hâtant, descendait la colline et, ayant traversé un village vide, abandonné par les habitants, se montrait de nouveau sur la montagne. Les chevaux commençaient à se couvrir de sueur, les hommes étaient rouges.

— Halte ! En ligne droite ! commandait en avant le divisionnaire. Par file à gauche ! Marche ! Et les hussards passaient au flanc gauche de la position et se plaçaient derrière les uhlans qui se trouvaient en première ligne. Une colonne épaisse de notre infanterie se tenait à droite : c’était la réserve. Plus haut on voyait nos canons sur la montagne, dans l’air pur, sous la lumière mate, oblique et claire, à l’horizon même. On apercevait au delà une autre colline avec les canons ennemis. De la vallée arrivait le bruit de nos soldats déjà engagés dans la