Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/124

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— André Sevastianitch, dit Rostov, nous pourrions les écraser…

— Ce serait en effet un bon coup. Essayer ?…

Rostov, sans l’écouter jusqu’au bout, poussa son cheval et parut devant l’escadron. Il n’avait pas le temps de commander le mouvement que tout l’escadron, qui éprouvait un sentiment analogue au sien, s’ébranlait derrière lui. Rostov ne savait pas lui-même comment et pourquoi il faisait cela. Il agissait maintenant, comme il le faisait à la chasse, sans réfléchir, sans calculer. Il voyait que les dragons étaient près, qu’ils couraient et étaient désorganisés. Il savait qu’ils ne résisteraient pas. Il savait que ce moment était unique, qu’on ne le retrouverait pas si on le laissait échapper. Les balles bourdonnaient et sifflaient autour de lui si excitantes, le cheval se poussait en avant avec une telle ardeur qu’il ne pouvait le retenir. Il lança son cheval, commanda et, en même temps, entendit derrière lui le bruit des pas de son escadron lancé au grand trot. Il commençait à descendre vers le ravin, au bas de la colline. À peine furent-ils descendus que, involontairement, l’allure de leur trot se transformait en un galop qui devenait de plus en plus rapide à mesure qu’ils s’approchaient de leurs uhlans et des dragons français qui les poursuivaient.

Les dragons étaient très près. Ceux qui étaient devant, dès qu’ils aperçurent les hussards, firent