Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/144

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douce solennité qui agit d’une façon si consolante sur l’âme des dévots. Les portes saintes se referment, le voile tombe lentement, une voix douce, mystérieuse prononce là-bas quelque chose ; des larmes que Natacha ne comprend pas elle-même emplissent sa poitrine et un sentiment joyeux et énervant l’envahit. « Apprends-moi ce qu’il me faut faire. Comment m’accommoder de ma vie, comment me corriger pour toujours, pour toujours ! » pensa-t-elle.

Le diacre sort sur le jubé, arrange ses longs cheveux et, posant la croix sur sa poitrine, se met à prononcer, d’une voix haute et solennelle, les paroles de la prière :

— Prions tous, prions ensemble le Seigneur.

« Prions, tous ensemble, sans distinction de classes, sans haine, mais tous d’un fraternel amour. Prions, » pensa Natacha.

— Prions, afin qu’il nous accorde le ciel et le salut de nos âmes !

« Prions, pour obtenir la paix des anges et des âmes de tous les êtres spirituels qui vivent au-dessus de nous, » pria Natacha.

Quand on pria pour l’armée, elle se rappela son frère et Denissov. Quand on pria pour les marins et les voyageurs, elle se rappela le prince André, pria pour lui et pour que Dieu lui pardonnât le mal qu’elle lui avait fait. Quand on pria pour ceux qui nous aiment, elle pria pour ses parents, pour son