Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/171

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pouvait respirer, et tous crièrent, hourra ! hourra ! hourra !

Pétia se soulevait sur la pointe des pieds, bousculait, pinçait, mais ne pouvait rien voir, sauf la foule qui l’entourait.

La même expression d’attendrissement et d’enthousiasme était sur tous les visages. Une marchande, qui était près de Pétia, sanglotait et des larmes coulaient de ses yeux.

— Père ! Ange ! Petit père ! disait-elle en essuyant ses larmes avec ses mains.

— Hourra ! criait-on de tous côtés.

Un moment, la foule resta au même endroit, mais ensuite se jeta de nouveau en avant.

Pétia, sans bien savoir lui-même ce qu’il faisait, serra les dents et, en roulant les yeux, l’air furibond, il se jeta en avant en jouant des coudes et criant hourra ! comme s’il était prêt, en ce moment, à tuer et lui-même et tout le monde. Mais de tous côtés de pareilles personnes à l’expression sauvage bousculaient toujours en criant aussi hourra !

« Alors, voilà ce que c’est que l’empereur, pensa Pétia. Non, je ne puis pas même lui donner ma supplique, c’est trop hardi ! » Malgré cela, avec désespoir, il avançait toujours et, à travers les dos qui étaient devant, il aperçut un espace vide avec un tapis rouge. Mais à ce moment la foule s’ébranlait, elle reculait (les policiers repoussaient ceux qui étaient trop près du cortège. L’empereur pas-