Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/172

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sait du palais à la cathédrale de l’Assomption) et Pétia, tout à fait à l’improviste, reçut un coup si violent sur le côté, il était tellement serré que, soudain, ses yeux s’obscurcirent et qu’il perdit connaissance. Quand il revint à lui, un ecclésiastique, avec une touffe de cheveux gris descendant sur la nuque, en manteau bleu usé, probablement un chantre, le tenait d’une main sous le bras et de l’autre le protégeait de la foule qui s’avançait.

— On a écrasé un jeune seigneur. Mais que faites-vous ? Il ne faut pas pousser ainsi. Prenez garde, on a écrasé, écrasé, disait le chantre.

L’empereur entra dans la cathédrale de l’Assomption. La foule se rangea de nouveau et le chantre emmena Pétia, pâle et respirant à peine, vers le grand canon du Kremlin. Quelques personnes s’apitoyaient sur Pétia ; tout à coup la foule s’adressait à lui et maintenant se bousculait autour de lui. Ceux qui étaient le plus près s’empressaient, déboutonnaient son veston, le plaçaient sur le haut du canon et invectivaient ceux qui l’étouffaient.

— On pouvait l’étouffer à mort. Qu’est-ce que c’est que cela ? Tuer quelqu’un ! Le pauvre petit, il est blanc comme un linge, disaient des voix.

Pétia se remit bientôt. Son visage reprit ses couleurs, le malaise passa et, pour ce désagrément temporaire, il obtint une place sur le canon d’où il espérait voir l’empereur qui devait retourner.