Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/182

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— Excusez-moi, Votre Excellence, commença-t-il (Pierre était en très bons termes avec ce sénateur, mais ici, il croyait nécessaire de s’adresser à lui d’une façon officielle) ; bien que je ne sois pas d’accord avec monsieur… (Pierre s’arrêta. Il voulait dire avec mon très honorable préopinant.) avec monsieur… que je n’ai pas l’honneur de connaître… Mais je suppose que la noblesse, outre l’expression de sa sympathie et de son enthousiasme, est appelée aussi à juger les mesures par lesquelles nous pouvons secourir la patrie. Je crois, prononça-t-il en s’animant, que l’empereur serait lui-même mécontent s’il ne trouvait en nous que des propriétaires de paysans que nous lui donnerons pour en faire de la chair à canon, et s’il ne trouvait pas en nous le conseil.

Plusieurs s’éloignaient du groupe en remarquant le sourire méprisant du sénateur et trouvant les paroles de Pierre trop libres. Seul Ilia Andréievitch était content du discours de Pierre, de même qu’il était content du discours du marin, de celui du sénateur et, en général, de ce qu’il entendait en dernier.

— Je crois qu’avant de discuter ces questions, continua Pierre, nous devons demander à l’empereur, demander très respectueusement à Sa Majesté, de nous communiquer quelles sont les forces de l’armée, en quelle situation se trouvent nos troupes, et alors…