Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/200

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de compte je sers Barclay. J’avoue que je ne le veux pas. »

La foule des Bronitzki, des Vintzengerode et des autres embrouille encore plus les rapports des généraux en chef et il y a encore moins d’unité. On se prépare à attaquer les Français devant Smolensk. On envoie un général pour inspecter la position. Ce général hait Barclay ; il va chez son ami, commandant du corps d’armée et, après avoir passé chez lui toute la journée, retourne chez Barclay et critique à tous les points de vue le champ de bataille qu’il ne connaît pas. Pendant qu’on se querelle et intrigue sur le futur champ de bataille, pendant que nous cherchons les Français et nous trompons sur leur position, les Français rencontrent par hasard la division de Neverovsky et s’approchent des murs mêmes de Smolensk.

Pour sauver les communications il faut accepter à Smolensk la bataille inattendue. La bataille a lieu. On tue des milliers d’hommes de part et d’autre. Smolensk se rend malgré la colère de l’empereur et de tout le peuple, mais il est brûlé par ses habitants mêmes, trompés par leur gouverneur, et les habitants réunis, montrant l’exemple aux autres Russes, partent à Moscou, ne pensant qu’à leur défaite et enflammant la haine contre l’ennemi. Napoléon avance, nous reculons et il se produit cette chose même qui devait perdre Napoléon.