Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/206

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


salles, mademoiselle Bourienne et même Nikolenka se regardaient en silence.

Le vieux prince revint d’un pas pressé, accompagné de Mikhaïl Ivanovitch avec un plan et la lettre que, sans donner à lire à personne pendant le dîner, il mit près de lui.

En passant au salon il donna la lettre à la princesse Marie et déplia devant lui le plan de nouvelles constructions sur lequel il fixa les yeux, et ordonna de lire à haute voix.

Quand la princesse Marie eut achevé la lecture de la lettre, elle regarda interrogativement son père. Il fixait le plan, évidemment plongé dans ses pensées.

— Que pensez-vous de cela, prince ? se permit de dire Desalles.

— Moi ! Moi !… fit le vieux prince comme s’il s’éveillait fâché, sans quitter des yeux le plan du bâtiment.

— C’est très possible que le théâtre de la guerre se rapproche si près de nous…

— Ah ! ah ! ah ! Le théâtre de la guerre ! fit le prince. J’ai dit et répété que le théâtre de la guerre c’est la Pologne et que l’ennemi ne dépassera jamais le Niémen.

Desalles étonné regardait le prince qui parlait du Niémen quand l’ennemi était déjà près du Dniéper. Mais la princesse Marie qui avait oublié la situation géographique du Niémen, pensa que son père disait vrai.