Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/207

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— À la fonte des neiges, ils s’enfonceront dans les marais de la Pologne ; ils peuvent ne pas s’apercevoir…, prononça le prince pensant visiblement à la campagne de 1807 qui lui semblait toute récente. Benigsen devait entrer plus tôt en Prusse, alors l’affaire aurait eu une autre tournure.

— Mais, prince, objecta timidement Desalles, dans la lettre, il est question de Vitebsk.

— Ah ! dans la lettre, oui, prononça le prince mécontent, oui…

Tout à coup son visage s’assombrit ; il se tut :

— Oui, il écrit que les Français sont écrasés. Près de quel fleuve, près de quelle rivière ?

Desalles baissa les yeux.

— Le prince n’écrit rien de cela, fit-il doucement.

— Ne l’écrit-il pas ? Eh bien ! Ce n’est pourtant pas moi qui l’ai inventé.

Tous se turent longtemps.

— Oui, oui… Eh bien ! Mikhaïl Ivanitch, dit-il tout à coup en levant la tête et lui montrant le plan de constructions, explique comment tu veux que tout cela soit remanié.

Mikhaïl Ivanitch s’approcha du plan, et le prince, après avoir causé avec lui au sujet des nouvelles constructions, regarda méchamment la princesse Marie et Desalles, puis partit chez lui.

La princesse Marie avait remarqué le regard confus et étonné de Desalles, fixé sur son père, son