Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/224

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suivis jusqu’au fleuve Morina : d’un seul coup il a noyé presque dix-huit mille hommes.

Alpatitch rassembla ses achats, les donna au cocher qui entrait et paya le patron.

La rue était pleine d’un bruit de roues, de sabots et de grelots des charrettes qui sortaient.

Il était déjà midi passé. Une moitié de la rue était dans l’ombre, l’autre était vivement éclairée par le soleil. Alpatitch regarda par la fenêtre et alla à la porte.

Soudain, un bruit étrange de sifflements et de coups lointains se fit entendre, puis éclata le grondement confus de la canonnade qui fit trembler les vitres.

Alpatitch sortit dans la rue. Deux hommes couraient dans la direction du pont. De tous côtés s’entendaient le sifflement, les coups de canon et l’explosion des grenades qui tombaient dans la ville. Mais ces coups étaient peu de chose et n’attiraient pas l’attention des habitants en comparaison de la canonnade qu’on entendait en dehors de la ville. C’était le bombardement de Smolensk que Napoléon avait ordonné de commencer à cinq heures, avec cent trente bouches à feu.

Au premier moment, le peuple ne comprit pas la signification de ce bombardement.

Le bruit des obus et des bombes, d’abord, ne faisait qu’exciter la curiosité. La femme de Férapontov qui ne cessait de brailler près du hangar, se