Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/225

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tut et, l’enfant sur les bras, sortit à la porte cochère. Elle regardait en silence le peuple et prêtait l’oreille aux sons.

La cuisinière et un marchand sortirent aussi sous la porte cochère. Tous, avec une curiosité joyeuse, tâchaient d’apercevoir les boulets qui volaient au-dessus de leurs têtes. Du coin de la rue sortirent quelques personnes qui causaient avec animation.

— En voilà de la force ! disait l’un. Il a mis en miettes le toit et le plafond. — Il a creusé la terre comme un cochon, remarquait un autre. Voilà. Ça c’est bon. Comme ça ! disait-il en riant.

— Heureusement que tu as sauté à temps, autrement il t’aurait aplati.

Des gens s’adressaient à ces hommes. Ils s’arrêtaient et racontaient que les obus étaient tombés à côté d’eux, dans une maison. En même temps, d’autres obus, tantôt avec un sifflement lugubre — les boulets, — tantôt avec un sifflement agréable — les grenades, — volaient sans cesse au-dessus de la foule. Pas un ne tombait auprès : tous partaient plus loin. Alpatitch s’installa dans sa voiture.

Le patron était près de la porte.

— Que diable regardes-tu là ? cria-t-il à la cuisinière qui, les manches retroussées, en jupon rouge, en agitant ses coudes nus, s’approchait du coin pour écouter ce qu’on racontait.

— En voilà des miracles ! s’exclamait-elle. Mais