Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/230

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Alpatitch s’approcha de la foule qui se trouvait en face d’un haut hangar où l’incendie battait son plein : Tous les murs étaient en feu, celui de derrière s’écroulait, la toiture penchait, les poutres brûlaient. Évidemment la foule attendait de voir tomber le toit. Alpatitch attendait cela aussi.

— Alpatitch ! appela tout à coup une voix qu’il connaissait.

— Petit père, Votre Excellence, répondit Alpatitch en reconnaissant la voix de son jeune prince.

Le prince André en manteau, monté sur un cheval noir, se trouvait dans la foule et regardait Alpatitch.

— Comment es-tu ici ? demanda-t-il.

— Votre… Votre Excellence…, prononça Alpatitch en sanglotant. Votre… Votre… est-ce que nous sommes déjà tout à fait perdus ? Mon petit père…

— Comment es-tu ici ? répéta le prince André.

En ce moment la flamme s’élancait et éclairait le visage pâle et fatigué du jeune maître. Alpatitch raconta comment il était là et la difficulté qu’il avait de partir.

— Quoi, Votre Excellence, est-ce que nous sommes déjà perdus ? répéta-t-il.

Le prince André, sans répondre, prit son carnet et, sur un genou, se mit à écrire au crayon sur une feuille qu’il détacha. Il écrivait à sa sœur : « On rend Smolensk ; dans une semaine Lissia-Gorï sera