Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/237

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Le prince André s’approcha de la maison. Dans le vieux jardin quelques tilleuls étaient coupés. Une jument pie et son poulain marchaient devant la maison même, entre les rosiers. La maison était close. Une fenêtre en bas était ouverte. Un petit gamin, en apercevant le prince André, accourut de la maison. Alpatitch avait renvoyé sa famille et restait seul à Lissia-Gorï. Il était à la maison et lisait la Vie des Saints. En apprenant l’arrivée du prince André, il sortit de la maison, ses lunettes sur le nez, et, en se boutonnant, s’approcha hâtivement du prince puis, sans rien dire, en pleurant, lui baisa les genoux. Mais il se détourna, fâché de sa faiblesse et se mit à lui rendre compte de la situation des affaires. Tout ce qui était précieux et cher avait été emmené à Bogoutcharovo. Le blé, près de cent tchetvertt [1], était aussi expédié. Les foins et la récolte de printemps, extraordinaires, à ce que disait Alpatitch, avaient été fauchés encore verts et pris par les troupes. Les paysans étaient ruinés : les uns étaient partis à Bogoutcharovo, les autres, une petite partie, restaient.

Sans écouter jusqu’au bout, le prince André demanda :

— Quand mon père et ma sœur sont-ils partis ?

Il voulait dire : quand sont-ils partis à Moscou ? Alpatitch, supposant qu’il s’agissait du départ à

  1. Le tchetvertt vaut 2 hectol. 097.