Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/24

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heureux, qui était accouru, et se mit à regarder au delà du fleuve, ensuite il se plongea dans l’examen de la carte étalée sur le tronc. Sans lever la tête il prononça quelque chose et deux de ses aides de camp coururent vers les uhlans polonais.

— Quoi ? Qu’a-t-il dit ? prononça-t-on dans leurs rangs, quand l’aide de camp s’approcha d’eux.

Il avait ordonné de chercher le gué et de traverser le fleuve. Le colonel polonais des uhlans, un vieux bel homme, en rougissant et balbutiant d’émotion, demanda à l’aide de camp s’il lui serait permis de franchir le fleuve avec ses hommes, sans chercher le gué. Avec la peur visible d’un refus, comme un jeune garçon qui demande la permission de monter à cheval, il désirait qu’on lui permît de traverser le fleuve sous les yeux de l’empereur. L’aide de camp répondit que probablement l’empereur ne serait pas mécontent de ce grand zèle.

Dès que l’aide de camp eut prononcé ces paroles, le vieil officier moustachu, le visage heureux et les yeux brillants, tira l’épée au clair et cria : « Vivat ! » et après avoir ordonné aux uhlans de le suivre, éperonnant son cheval, il s’approcha du fleuve. Il poussa avec colère le cheval qui hésitait sous lui et s’élança dans l’eau en se dirigeant en pleine profondeur, au milieu du courant. Des centaines de uhlans le suivirent. Il faisait froid et, au milieu du courant rapide, le passage était difficile :