Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/258

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« À peine l’interprète de Napoléon, dit Thiers, avait-il parlé, que le cosaque, saisi d’une sorte d’ébahissement, ne proféra plus une seule parole et marcha les yeux constamment attachés sur ce conquérant dont le nom avait pénétré jusqu’à lui à travers les steppes de l’Orient. Toute sa loquacité s’était subitement arrêtée pour faire place à un sentiment d’admiration naïve et silencieuse. Napoléon, après l’avoir récompensé, lui fit donner la liberté, comme à un oiseau qu’on rend aux champs qui l’ont vu naître. »

Napoléon partit plus loin en rêvant à ce Moscou qui occupait tant son imagination, et l’oiseau qu’on rendit aux champs qui l’avaient vu naître galopa aux avant-postes en inventant d’avance ce qui n’était pas et qu’il raconterait aux siens. Il ne voulait pas raconter ce qui lui était réellement arrivé, parce que ce lui semblait indigne de récit.

Il rejoignit les Cosaques, demanda où se trouvait le régiment qui faisait partie du détachement de Platov, et, ce soir même, il trouva son maître Nicolas Rostov : il était à Jankovo et venait de monter à cheval pour faire, avec Iline, une promenade dans les villages voisins. Il ordonna de donner un autre cheval pour Lavrouchka et l’emmena avec lui.