Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/260

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son père, activité qui remplaçait son ancien abattement, ne pouvait se décider à le laisser seul et, pour la première fois de sa vie, elle se permit de ne lui pas obéir. Elle refusa à partir et subit l’effroyable colère du prince. Il lui rappela tout ce en quoi il était injuste envers elle. En tâchant de l’accuser, il lui disait qu’elle le tourmentait, qu’elle l’avait fait se quereller avec son fils, qu’elle nourrissait contre lui de vilains soupçons, que son but était d’empoisonner sa vie et il la chassa de son cabinet en ajoutant qu’il lui était indifférent qu’elle partît ou non. Il affirma qu’il ne voulait rien savoir de son existence et la prévint de ne plus avoir à paraître à ses yeux. Ce fait qu’il n’avait pas ordonné de l’emmener par force, — ce que craignait la princesse Marie, — mais qu’il lui défendait seulement de se présenter à ses yeux, réjouit la princesse Marie. Elle savait que cela prouvait, qu’au fond de son âme, il était content qu’elle ne partît pas.

Le lendemain, après le départ de Nikolouchka, le vieux prince, le matin, revêtit son uniforme de parade, se préparant à partir chez le général en chef. La voiture était déjà près du perron. La princesse Marie le vit sortir de la maison, en uniforme, avec toutes ses décorations, et aller dans le jardin faire la revue des paysans armés et des domestiques. La princesse Marie était assise près de la fenêtre et écoutait sa voix qui éclatait dans