Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/261

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le jardin. Tout à coup quelques personnes, les visages effrayés, coururent dans l’allée.

La princesse Marie sortit du perron dans l’allée du jardin. Une grande foule de paysans venait à sa rencontre et, au milieu, quelques hommes traînaient sous les bras le petit vieillard en uniforme décoré. La princesse Marie accourut vers lui. Dans le jeu des petits cercles de lumière qui tombait à travers le feuillage de l’allée de tilleuls, elle ne pouvait se rendre compte des changements du visage. Elle vit une seule chose : c’est que l’ancienne expression sévère et décidée de son visage était remplacée par une expression de timidité et de docilité.

En apercevant sa fille, il remua ses lèvres débiles et râla. On ne pouvait comprendre ce qu’il voulait. On le souleva sous les bras et on l’emmena dans son cabinet. Là on le mit sur ce divan qu’il redoutait tant depuis quelque temps. Le docteur mandé en hâte, la nuit même, lui fit une saignée et déclara que le prince était atteint de paralysie du côté droit. Rester à Lissia-Gorï était de plus en plus dangereux et, le lendemain même, on emmena le prince à Bogoutcharovo. Le docteur partit avec lui.

Quand ils arrivèrent à Bogoutcharovo, Desalles et le petit prince étaient déjà partis à Moscou. Le vieux prince, toujours dans le même état, ni pire ni mieux, paralysé, resta couché à Bogoutcharovo