Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/262

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pendant trois semaines, dans la maison neuve construite par le prince André. Le vieux prince était sans connaissance. Il était couché comme un cadavre mutilé. Sans cesse il marmonnait quelque chose en remuant les sourcils et les lèvres, mais on ne pouvait savoir s’il comprenait ceux qui l’entouraient. Une seule chose était certaine : c’est qu’il souffrait et désirait exprimer quelque chose. Mais qu’était-ce ? personne ne pouvait le deviner. Était-ce le caprice d’un malade ou d’un insensé ? Cela avait-il rapport à la marche générale des affaires ou à des circonstances de famille ? Le docteur disait que l’inquiétude qu’il exprimait ne signifiait rien, que la cause était physique, mais la princesse Marie pensait (et ce fait que sa présence augmentait toujours l’inquiétude du prince confirmait sa supposition) qu’il voulait lui dire quelque chose.

Évidemment il souffrait physiquement et moralement. Il n’y avait pas d’espoir de guérison. On ne pouvait songer à le transporter. Que ferait-on s’il mourait en route ? « La fin vaudrait mieux, tout à fait la fin », pensait parfois la princesse Marie. Elle restait jour et nuit près de lui, dormait à peine et, c’est affreux à dire, mais souvent elle l’observait, non avec l’espoir de lui apporter du soulagement, mais avec le désir de voir l’indice de la fin prochaine.

Si étrange que ce fût pour la princesse de s’avouer ce sentiment, il était en elle. Et ce qui était