Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/267

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La princesse Marie, tendant toute son attention, le regardait. L’effort comique qu’il faisait pour remuer la langue força la princesse Marie à baisser les yeux et elle renfonça avec peine les sanglots qui montaient à sa gorge. Il prononça quelque chose en répétant plusieurs fois le même mot, La princesse Marie ne pouvait pas le comprendre mais elle tâchait de deviner ce qu’il disait et répétait interrogativement les mots dits par lui.

— Ah ! ah ! ah ! ouf, ouf… répétait-il plusieurs fois. On ne pouvait nullement comprendre. Le docteur crut avoir deviné, et, en répétant ses paroles, demanda : « La princesse est-elle effrayée ? » Il hocha négativement la tête et répéta de nouveau la même chose.

L’âme, l’âme souffre, devina et dit la princesse Marie.

Il gémit affirmativement, lui prit la main, et se mit à la presser contre divers points de sa poitrine, comme s’il y cherchait une place pour elle.

— Toujours des pensées ! sur toi… des pensées… murmura-t-il ensuite, beaucoup mieux et d’une façon bien plus compréhensible qu’auparavant, maintenant qu’il était tout à fait convaincu d’être compris. La princesse Marie appuya sa tête sur la main de son père pour cacher ses sanglots et ses larmes. Il lui caressa les cheveux.

— Je t’ai appelée toute la nuit… prononça-t-il.