Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/268

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— Si je l’avais su… dit-elle à travers ses larmes. Je n’osais pas entrer. Il serra sa main.

— Tu n’as pas dormi ?

— Non, je n’ai pas dormi, dit-elle en hochant négativement la tête. Soumise involontairement à son père, elle tâchait de parler comme lui, surtout par signes, et feignait aussi de remuer la langue avec effort.

— Petite âme… ou : petite amie…

La princesse Marie ne pouvait saisir, mais à l’expression de son regard on voyait qu’il avait prononcé un mot tendre, caressant, qu’il n’avait jamais dit auparavant : — Pourquoi n’es-tu pas venue ?

« Et moi, je désirais sa mort, » pensa la princesse Marie. Il se tut, puis :

— Merci, ma fille… mon amie… pour tout… pour… tout… pardon… Marie… par… donne… merci ! Des larmes coulaient de ses yeux.

— Appelez Andrucha, dit-il tout à coup, et à cette demande quelque chose de timide, d’enfantin, de méfiant s’exprima sur son visage. Il paraissait savoir lui-même que sa demande n’avait pas de sens. C’est du moins ce qui semblait à la princesse Marie.

— J’ai reçu une lettre de lui, répondit-elle.

Il la regarda étonné et timidement :

— Où donc est-il ?

— Il est à l’armée, mon père, à Smolensk.