Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/289

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mademoiselle Bourienne. Alpatitch n’était pas à la maison, il était parti chez les autorités. Mikhaïl Ivanovitch, l’architecte, qui vint chez la princesse Marie avec des yeux endormis, ne put la renseigner. Il lui répondait avec le même sourire d’approbation dont il avait l’habitude depuis quinze ans et qu’il prenait pour répondre aux questions du vieux prince, de sorte qu’on ne pouvait tirer de ses réponses rien de précis. Le vieux valet de chambre Tikhone, avec un visage fatigué portant l’empreinte d’une douleur incurable, répondait : « J’obéis » à toutes les questions de la princesse Marie, et, en la regardant, retenait avec peine ses sanglots.

Enfin le starosta Drone entra dans la chambre. Il s’inclina profondément et s’arrêta près du seuil. La princesse Marie traversa la chambre et s’arrêta en face de lui.

— Dronouchka, dit la princesse qui voyait en lui un ami sûr, ce même Dronouchka qui de son voyage annuel aux foires de Viazma lui rapportait chaque fois, avec un sourire, un pain d’épices particulier ; Dronouchka, après notre malheur… Elle s’arrêta n’ayant pas la force de continuer.

— Nous sommes tous soumis à Dieu, dit-il en soupirant. Ils se turent.

— Dronouchka, Alpatitch est parti quelque part, je ne sais à qui m’adresser ; on me dit que je ne puis pas partir ; est-ce vrai ?