Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/290

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— Pourquoi ne pouvez-vous pas partir, Votre Excellence ! On peut partir.

— On me dit que c’est dangereux à cause des ennemis. Mon ami, je ne peux rien, je ne comprends rien, je n’ai personne avec moi, je veux absolument partir cette nuit ou demain matin. Drone se tut. Il regardait en dessous la princesse Marie.

— Il n’y a pas de chevaux, dit-il. J’en ai prévenu déjà Iakov Alpatitch.

— Comment, il n’y en a pas ! fit la princesse Marie.

— C’est une punition de Dieu, dit Drone. Les chevaux de charroi, on les a pris pour les troupes, les autres sont crevés, c’est une année comme ça. Non seulement il n’y a pas de quoi nourrir les chevaux, mais nous-mêmes devons prendre garde à ne pas mourir de faim ! C’est comme ça : trois jours sans manger. Il n’y a rien : on a ruiné complètement.

La princesse Marie écoutait attentivement ce qu’il lui disait.

— Les paysans ruinés ! Ils n’ont pas de pain ? demanda-t-elle.

— Ils meurent de faim ! dit Drone. Non seulement pas de chariots…

— Mais pourquoi ne l’as-tu pas dit, Dronouchka ? Ne peut-on pas les aider. Je ferai tout ce que je pourrai…