Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/299

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XII

Cette nuit-là, pendant longtemps la princesse Marie resta assise près de la fenêtre ouverte de sa chambre à écouter les sons des conversations des paysans qui arrivaient du dehors. Mais elle ne pensait pas à eux. Elle sentait qu’elle aurait beau penser à eux, elle ne pourrait les comprendre. Elle pensait toujours à la même chose : à son malheur qui maintenant, après cet aperçu des soucis présents, était déjà devenu pour elle le passé. Maintenant, elle pouvait déjà se souvenir, elle pouvait pleurer et prier. Avec le coucher du soleil le vent s’était apaisé. La nuit était calme et fraîche. À minuit les voix commencèrent à se taire. Le coq chanta ; derrière les tilleuls la pleine lune commença à se montrer. Un brouillard rosé, frais, se soulevait, et sur le village et la maison s’établissait le silence.

L’un après l’autre passaient devant elle les ta-