Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/302

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devant elle, son visage, et ce n’était pas celui qu’elle avait toujours connu, mais un visage timide, faible, qu’elle voyait doux pour la première fois, avec toutes ses rides, tous ses détails, quand elle s’inclinait vers son bonnet pour entendre ce qu’il disait.

« Petite âme ! » répétait-elle. « Que pensait-il en disant ce mot ? Que pense-t-il maintenant ? » se demanda-t-elle tout à coup.

Et en réponse, elle le voyait devant elle, avec la même expression qu’avait dans le cercueil son visage bandé d’un mouchoir blanc ; et cette horreur qui l’avait saisie quand elle l’avait touché et s’était convaincue que non seulement ce n’était pas lui mais quelque chose de repoussant et de mystérieux, la saisissait maintenant. Elle voulait penser à autre chose, elle voulait prier, mais ne pouvait le faire. Les yeux grands ouverts elle regardait le clair de lune et l’ombre ; elle avait peur de voir d’un moment à l’autre, le visage mort, et elle sentait que le silence qui régnait sur la maison et dans la maison la paralysait.

— Douniacha ! chuchota-t-elle. Douniacha ! s’écria-t-elle d’une voix sauvage, et, s’arrachant du silence, elle courut vers la chambre des bonnes, au-devant de la vieille bonne et des jeunes qui accouraient chez elle.