Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/307

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Non, ici, il n’y a rien d’amusant ! dit Rostov, et il se recula. — De quoi s’agit-il ?

— Oserais-je raconter à Votre Excellence que la grossière population d’ici ne veut pas laisser la maîtresse partir du village et menace de dételer les chevaux, de sorte que depuis le matin tout est emballé et que Son Excellence ne peut partir.

— Pas possible ! s’écria Rostov.

— Je vous dis la pure vérité, confirma Alpatitch.

Rostov descendit de son cheval, le remit à l’ordonnance et, avec Alpatitch, alla à pied à la maison, tout en interrogeant sur les détails de l’affaire. En effet, la proposition de donner du blé aux paysans, faite la veille par la princesse, son explication avec Drone et avec l’assemblée, gâtèrent si bien l’affaire que Drone remit définitivement les clefs, se joignit aux paysans et ne se rendit pas à l’appel d’Alpatitch. Et le matin, quand la princesse ordonna d’atteler pour partir, les paysans sortirent en grande foule près de la grange et envoyèrent dire qu’ils ne laisseraient pas sortir du village, « qu’il y avait l’ordre de ne pas sortir » et qu’ils dételleraient les chevaux. Alpatitch était venu les exhorter, mais on lui avait répondu (c’était Karp qui parlait le plus, Drone ne sortait pas de la foule) qu’on ne pouvait laisser partir la princesse, qu’il y avait un ordre à ce sujet, et que, si la princesse restait, ils la serviraient comme avant et lui obéiraient en tout.