Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/313

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Karp et les autres paysans se montèrent contre l’ancien starosta.

— Combien d’années as-tu exploité le mir ? cria Karp. Pour toi, ça t’est bien égal. Tu déterreras ton petit coffre et tu l’emporteras ; qu’est-ce que cela te fait que nos maisons soient ruinées ou non ?

— On dit qu’il y a l’ordre que personne ne quitte les maisons, qu’on n’emporte rien du tout, et voilà ! cria un autre.

— C’était le tour de ton fils de partir soldat, mais t’avais pitié de ton corbeau et tu as fait enrôler mon Vanka. Hé ! nous saurons mourir ! dit tout à coup un petit vieillard, en attaquant Drone.

— C’est ça ! Nous saurons mourir !

— Quoi ? moi, je ne m’écarte pas du mir, dit Drone.

— C’est ça ! tu t’es fait un gros ventre !

Deux paysans, de haute taille, disaient la même chose.

Dès que Rostov, accompagné d’Iline, de Lavrouchka, d’Alpatitch, s’approcha de la foule, Karp, mettant ses doigts dans sa ceinture, s’avança en souriant un peu. Drone, au contraire, se recula dans les derniers rangs ; la foule se tut.

— Hé ! qui est le starosta ? cria Rostov en s’approchant de la foule, à pas rapides.

— Le starosta ? Pourquoi vous le faut-il ? demanda Karp.

Mais il n’avait pas le temps d’achever que son