Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/315

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— Tu es starosta ? Ligote-le, Lavrouchka ! cria Rostov comme si cet ordre ne pouvait rencontrer d’obstacle.

Et en effet, encore deux paysans se mirent à ligotter Drone qui, comme pour les aider, ôta sa ceinture et la leur donna.

— Et vous tous, écoutez-moi ! dit Rostov en s’adressant aux paysans. Allez tout de suite à vos maisons et que je n’entende pas votre voix.

— Quoi ! Nous n’avons fait aucune offense. C’est seulement comme ça, par bêtise… Nous avons fait seulement des bêtises… Je disais bien que c’était pas l’ordre… disaient des voix se faisant des reproches mutuels.

— Voilà… Je vous l’ai dit… Ce n’est pas bien, les enfants ! dit Alpatitch en rentrant dans ses fonctions.

— C’est notre bêtise, Iakov Alpatitch ! répondaient les voix. Et aussitôt la foule se dispersa dans le village.

On amena les deux paysans ligottés dans la cour des maîtres. Deux paysans ivres les suivaient.

— Eh ! je te vois ! dit l’un d’eux à Karp.

— Est-ce qu’on peut parler ainsi, avec les maîtres ?

— À quoi pensais-tu ? Imbécile ! ajouta l’autre.

Deux heures après, les chariots étaient dans la cour de la maison de Bogoutcharovo ; des paysans, avec animation, y installaient les bagages des