Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/343

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Le voilà ! dit Julie… Quand on… Non, non ! fit-elle au milicien, vous ne m’attraperez point. — Quand on parle du soleil on voit ses rayons, dit-elle en souriant aimablement à Pierre. — Nous venions de parler de vous, continua Julie avec cette aisance dans le mensonge, propre aux femmes du monde. Nous disions que votre régiment serait probablement mieux que celui de Mamonov.

— Ah ! ne me parlez pas de mon régiment ! fit Pierre en baisant la main de la maîtresse de la maison, et s’asseyant près d’elle : — il m’ennuie tant !

— Vous le commanderez sans doute en personne ? dit Julie en regardant le milicien d’un air rusé et moqueur.

En présence de Pierre, le milicien n’était plus si caustique et son visage marquait de l’étonnement pour la signification du sourire de Julie. Malgré sa distraction et sa bonhomie, la personne de Pierre paralysait aussitôt tout sentiment de moquerie.

— Non, répondit Pierre en riant et en regardant son gros et grand corps. Les Français me viseraient trop facilement et je craindrais de ne pas pouvoir monter à cheval.

Parmi les personnes qui faisaient l’objet des conversations dans le salon de Julie, il fut question des Rostov.

— On dit que leurs affaires sont très mauvaises, dit Julie ; et le comte lui-même est si désordonné !… Les Razoumovski ont voulu acheter sa maison et