Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/35

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Il fut arrêté par les sentinelles de la cavalerie française.

Un sous-officier de hussards, en uniforme bleu et bonnet à poil, cria après Balachov qui s’avançait, et lui ordonna de s’arrêter.

Balachov ne s’arrêta pas aussitôt, mais continua d’avancer au pas sur la route.

Le sous-officier fronça les sourcils et, en proférant des injures, s’avança sabre au clair vers Balachov ; d’un ton grossier il demanda au général russe pourquoi il n’écoutait pas ce qu’on lui disait. Balachov se nomma. Le sous-officier envoya un soldat chercher un officier.

Sans faire attention à Balachov, le sous-officier se mit à causer avec ses camarades des affaires du service. Pour Balachov, après sa promiscuité avec le pouvoir supérieur tout-puissant, après sa conversation, trois heures avant, avec l’empereur, et, en général, habitué par sa situation à rencontrer partout des honneurs, il lui semblait extraordinaire et étrange de voir ici, sur le sol russe, cette attitude hostile, et surtout irrespectueuse, de la part de la force brutale.

Le soleil commençait à percer les nuages. L’air était frais et rosé ; les troupeaux marchaient sur la route ; dans les champs, les alouettes, comme des bulles sur l’eau, voletaient l’une après l’autre, avec leur cri monotone.

Balachov regardait autour de lui en attendant