Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/361

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(probablement pour justifier les fautes du commandant en chef censément infaillible) cette affirmation inexacte et étrange que la redoute de Schévardine était l’avant-poste (tandis que ce n’était qu’un point fortifié du flanc gauche) et que la bataille de Borodino était soi-disant acceptée par nous dans la position fortifiée et choisie d’avance, tandis qu’elle se passait dans un endroit quelconque, à peine fortifié.

L’affaire s’est évidemment passée ainsi : on choisit un point sur la rivière Kolotcha qui coupe la grand’route, non à angle droit mais à angle aigu, de sorte que le flanc gauche était à Schévardine, le flanc droit près du village Novi, le centre à Borodino, au confluent de la Kolotcha et de la Vœna. Cette position, sur le cours de la Kolotcha, est celle d’une armée dont le but est d’arrêter l’ennemi qui s’avance sur Moscou par la route de Smolensk. C’est évident pour quiconque regarde le champ de bataille de Borodino en oubliant comment s’est passée la bataille.

Napoléon, en partant le 24 vers le village Valouiévo, n’aperçut pas (dit-on dans les histoires) la position des Russes de Outitza à Borodino (il ne pouvait voir cette position parce qu’elle n’existait pas). Il n’aperçut pas l’avant-poste de l’armée russe mais, en poursuivant une arrière-garde russe, à gauche de la position des Russes, il se heurta contre la position de Schévardine et, tout à