Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/394

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plus épouvantable de toutes celles auxquelles il avait participé, et la possibilité de la mort, pour la première fois de sa vie, sans aucun rapport avec tous les vivants, sans la pensée de ce qu’en éprouveraient les autres, non seulement envers lui-même, mais envers son âme, se présentait à lui presque avec certitude, simple et troublante. Et dans l’objectif de cette représentation, tout ce qui auparavant l’occupait et le tourmentait s’éclairait tout à coup d’une lumière froide, blanche, sans ombre, sans perspective, sans différence de plans. Toute la vie se présentait à lui comme une lanterne magique au travers de laquelle, derrière un verre, il regardait longtemps à l’éclairage artificiel. Maintenant, il voyait tout à coup sans verre, à la lumière claire du jour toutes ces images mal colorées. « Oui, oui, voici ces images fausses qui m’ont ému, enthousiasmé et tourmenté, se disait-il en se rappelant les tableaux principaux de la lanterne magique de sa vie et les observant maintenant de cette lumière froide, blanche du jour — l’idée nette de la mort. Voici ces figures grossièrement peintes qui se présentent comme quelque chose de beau et de mystérieux : la gloire, le bien public, l’amour de la femme, la patrie elle-même. Comme ces tableaux me paraissaient grands ! De quels sens profonds me paraissaient-ils pleins ! Et tout cela est simple, pâle et grossier à la lumière froide de ce matin qui, je le sens, se lève pour moi ». Trois douleurs de sa vie