Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/396

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ne les infecte pas. Puis se formeront de nouvelles conditions de vie qui deviendront habituelles pour les autres et je ne les connaîtrai pas, je ne serai plus. »

Il regarda la ligne de bouleaux avec leur ton jaune immobile, leur verdure et l’écorce blanche brillante au soleil. « Mourir ! Qu’on me tue demain !… Que je n’existe plus… Que tout cela soit et que moi je ne sois plus ! » Il se représentait vivement son absence de cette vie. Et ces bouleaux avec leur lumière et leur ombre et ces nuages bouclés et cette fumée des bûchers, tout cela se transformait pour lui et lui paraissait quelque chose de terrible, de menaçant. Un frisson parcourut son dos. Il se leva rapidement, sortit du hangar et se mit à marcher. Derrière le hangar, on entendait des voix.

— Qui est là ? appela le prince André.

Le capitaine Timokhine, au nez rouge, l’ancien commandant de la compagnie où était Dolokhov, maintenant, à défaut d’officiers, commandant de bataillon, pénétra timidement dans le hangar. L’aide de camp et le trésorier du régiment entrèrent derrière lui. Le prince André se leva rapidement, écouta ce que les officiers avaient à lui dire sur le service, leur donna encore quelques ordres et se préparait à les laisser partir quand, du hangar, il entendit une voix connue qui chuchotait :

Que diable !