Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/401

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sachant que répondre à une pareille question. Pierre la répéta au prince André.

— C’est pour ne pas ruiner le pays que nous avons tout laissé à l’ennemi, dit le prince André avec une colère dissimulée sous l’ironie. C’est très juste : on ne peut permettre de piller et d’habituer les troupes au brigandage. Eh bien, à Smolensk, il a raisonné si juste, que les Français peuvent nous dépasser et qu’ils ont plus de forces. Mais il ne pouvait comprendre que, là-bas, nous nous sommes battus pour la première fois pour la Russie, que les troupes étaient animées d’un sentiment que je n’ai jamais vu, que deux fois de suite nous avons repoussé les Français et que ce succès a décuplé nos forces ! s’écria tout à coup le prince André d’une voix aiguë.

— Il a ordonné de reculer, et toutes les pertes, tous les efforts ont été vains. Il ne pensait pas à la trahison, il tâchait de faire tout pour le mieux, il a tout calculé, mais c’est pour cela qu’il ne va pas. Il ne va pas maintenant, précisément, parce qu’il réfléchit trop soigneusement, avec trop d’exactitude, comme il convient à un Allemand. Comment te dire… Eh bien, par exemple, ton père a un valet allemand, c’est un bon valet, qui fait très bien son service, qui satisfait toutes ses exigences. Mais si ton père est mourant, très malade, tu chasseras le valet, et, de tes propres mains, sans expérience, gauche, tu te mettras